Boycott de start-up numériques dans le secteur du transport

Dans une décision n° 21-D-21 du 9 septembre 2021, l’Autorité de concurrence française sanctionne 8 acteurs du secteur des transports routiers de marchandises pour avoir mis en place des pratiques de boycott contre des plateformes numériques d’intermédiation.



Entre fin juillet 2016 et fin février 2018, des bourses de fret, des groupements de transporteurs et des organisations syndicales ont entravé l’arrivée et le développement de nouveaux acteurs du numérique.


Comment fonctionne le secteur du transport routier de marchandises ?


Le transport routier de marchandises permet le transport par la route de produits de différentes natures et de différentes formes principalement à travers la France et en Europe.


Ce secteur est très atomisé puisqu’en 2017 il existait 31 800 entreprises dont 83% étaient des TPE, malgré une tendance à la concentration depuis 2019 avec 16,4% des entreprises qui réalisent 84% du chiffre d’affaires du secteur (point 9 de la décision).


Par ailleurs, le réseau classique des entreprises de transport ne permet pas aux entreprises de couvrir efficacement l’ensemble du territoire français (point 15 de la décision).


De nombreux systèmes d’intermédiaires et de sous-traitance sont ainsi nés.


Les principales catégories sont les commissionnaires de transport et les bourses de fret .


A partir de 2016, de nouveaux acteurs sont apparus pour proposer des solutions logistiques qui permettent le suivi et la gestion de flottes de camions.


Ces plateformes mettent directement en relation les clients chargeurs avec les transports par le biais d’une interface en ligne.


Les trois principales plateformes d’intermédiation actives étaient Chronotruck, Fretlink et Everoad.


La méthode de fonctionnement de ces acteurs est globalement similaire :

1/ Le chargeur remplit une demande de transport en ligne

2/ Le site enregistre la demande et détermine le prix de la prestation

3/ Le chargeur valide le prix proposé et le site publie la demande.

4/ Les transporteurs enregistrés sur le site peuvent répondre à cette demande de transport.

5/ Dès la confirmation par le transporteur de la commande, un contrat de transport est signé entre le donneur d’ordre et le transporteur.


Une stratégie de blocage des nouvelles plateformes d’intermédiation


La bourse de fret B2Pweb, et sa maison mère H2P, les groupements de transporteurs Evolutrans, Astre, Flo, Tred Union et ASTR, syndicats UNOSTRA et OTRE, se sont entendus pour bloquer l’entrée et le développement de des nouvelles plateformes numériques d’intermédiation et du logiciel de traçabilité comme Shippeo.


Les groupements et syndicats professionnels ont ensuite transmis à leurs adhérents les consignes décidées.


Des communications sur le site internet des groupements et syndicats alertaient également leurs adhérents des dangers de ces start-up pour l’ensemble des acteurs du transport.


Ces communications demandaient également aux adhérents de ne pas collaborer avec ces nouveaux acteurs.


La conséquence de ce boycott

► Limitation de la concurrence ► Limitation de l’innovation

► Limitation des gains économiques, logistiques et environnementaux


Cette décision intervient alors que l’ADLC avait à nouveau placé le secteur du numérique dans ses missions prioritaires pour 2021.


Or, les pratiques sanctionnées par l’ADLC interviennent dans un secteur qui évolue constamment et de manière profonde afin de proposer des services d’optimisation de la gestion du transport non seulement pour les chargeurs mais aussi les transporteurs.


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